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dimanche 6 novembre 2011

"Merci de ta bonne lettre et du billet de cinquante francs qu'il contenait" - 29 juillet 1890

"[...] Une distance vécue me relie aux choses qui comptent et existent pour moi et les relie entre elles. Cette distance mesure à chaque moment "l'ampleur" de ma vie."



M. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, p. 331.

lundi 5 juillet 2010

vendredi 21 novembre 2008

Verrous du rituel

C'est une ombre. Une ombre avec des dents. Qui voudrait se souvenir de sa voix ? C'était cinq minutes plus tôt. Plus elle parlait, plus elle fuyait la fonction, disparaissait avec chaque parole. La tranchée du masque s'obscurcissant. Les derniers mots totalement détachés du visage, porte-torche de l'auctoritas.

jeudi 5 juin 2008

Va la confianza en caída libre

Voilà les paroles de sagesse que je laisse dérouler dans ma tête

Ça n’est jamais ce n’est pas ce n’est plus
que cette part
l’élite de cette part
m’est insupportable
cette part en ses notables ses fonctionnaires ses instituteurs ses curés
cette part locale qui s’écrit qui ruine au cœur de ce que tu entends
mais écoutes-tu vraiment ?
non jamais plus que ce que tu en dis
et puis à l'exception de ce froid nouveau, rien d'engageant dehors ?
Pas même la tentation de faire cracher le distributeur de "Bonne année"
même quand dans l’immense soir de cet instant
les Nations Unies appellent /et appellent nettement plus cette fois/
il faut un deuxième tour
il faut de la transparence
il faut une histoire universelle un substrat pédagogique
rendre
au sommeil la patience de
cette part

mardi 27 mai 2008

Se citant de nouveau

Il faut une clarification entend-on alors qu'il court de plus belle sur les quais fuyant et précipitant la furie de Rudra le hurleur
*
Le pas sèche déjà
Pour autant
Le voilà son petit discours

il est prêt à s’embaumer :

Non pas gagner du temps mais retourner le temps. Courir comme éclipse du social tyrannique, celui des conventions, des ambitions, des déceptions. Petite mystique de la course comme capitalisme portatif : le profit du macro-temps intérieur.

S’embaumer


Alors il s’épuise à garder les yeux ouverts derrière les lunettes tachées, mais au lieu de se laisser glisser dans le puits avec délice, il lance, de manière étonnante, la première jambe assez loin du matelas pour que la seconde réponde plus docilement.
Clavier, écran, index à l'ongle sale.
De la touche ovale jaillit alors un sifflement reptilien suivi d’un ronflement presque comique.

vendredi 14 mars 2008

Le marbrier

Je repasse devant le marbrier. Tout à l’heure, quelqu’un travaillait dans un atelier, au fond d’une cour. Je jette un coup d’œil à l’une des pierres tombales : « Alex D. 1989-2007 ».
18 ans, nom de Dieu. L’âge de ce gamin là-bas, en train d’attendre un autre lycéen qui tarde. Je frissonne moins à cause de ce bouton qui manque à mon blouson et du vent de novembre que parce que j'ai alors la sensation d’être transpercé par un tison de glace, comme à chaque fois que l’idée de la mort fait plier le doute : objet sans équivoque, annonce qui arme l’irrévocable.

lundi 3 mars 2008

Lokaltid (heure locale)

l’horizon renversé s’écoule et ton cri
n'est le chiffre que
d'une peur ralentie
entre le lié et le délié
d'une épreuve
qui dépouille le soi consentant
à fêter sa perte

samedi 23 février 2008

durée dans la poche maculée

"jusqu'au caveau de Marie Bashkirtseff
derrière le rempart de Passy
jusqu'au divan vert du dispensaire

ne fallait-il pas fuir l'incendie par le Corso ?"
*

Comme je ne sais rien des intentions de Gardelli à mon égard, j'oublie la missive mais, par un mécanisme que j'ignore, y réponds secrètement douze heures durant. Probable qu'il m'ait vu rôder, déposer mon offrande. Témoin de mon obstination d'abord honteuse, il avait attendu, sourire aux lèvres, que je lui déclare la guerre.

dimanche 9 décembre 2007

Le verre de lait

Je monte et il me dit où poser le verre de lait. Je ne comprends pas. "Das ist ein Astrolab". Mais c'est ici qu'il faut rester. Il entrera en transe. Sa démonstration. Je n'irai pas plus loin. Executerai les gestes mécaniques et Brecht incendierait la page, un peu plus. Le verre de lait : qui le boit ? et où : Padua ? Venedig ?
Je sors de la scène mais je ne comprends toujours pas l'allemand.
Dictionnaire en coulisse.
Le lait toujours plus froid.
"Experiencing a revolution". La radio, faut la baisser. Mais rien ne gêne les acteurs et Brecht en revient au studierzimmer des Galilei in Padua. Puis quand la nuit est enfer de clarté, je dis : le verre, il faut le boire pour Copernic et la révolution.

vendredi 21 septembre 2007

La page

« la liaison entre vêtement et secret s’impose »
in P. Boutang, Ontologie du secret, p. 50.


Dehors un orage se prépare
L’orage a lieu.

Le journal est ouvert sur la table 9.
Sur la page de gauche, trois brèves politiques et un article de fond sur la réélection d’un élu, condamné dans le passé.
Sur la page de droite, un fait-divers.

Donat attend Antonio qui
ne viendra pas qui ne se lèvera plus
qui laissera ses vêtements sales des avants-veilles
mettre encore plus d'ombre dans la pièce.
Donat le sait et tourne la page
à la table 9.

Au comptoir, le barman essuie des verres,
qu’il s’amuse à grouper par trois.
Il se demande bien comment Donat
peut bien faire quand il pratique.


Donat est exorciste.
il extirpe les maux et les morts
de ces corps qui se penchent et se
relèvent brusquement.

Antonio ne viendra donc pas
et il sera temps de quitter l'enroit.

On se sent plus généreux
après l'orage.

mercredi 12 septembre 2007

Guitarra

"Na voz de oiro e de sombra da guitarra
Algo de mim a si próprio renuncia"
Sophia Mello Breyner Andresen, in Ilhas
*
C'était comme d'avancer seul. S. n'était plus là, dans le grand appartement vide d'enfants et de désir, voyageant et relisant Byron.
La guitare, le piano la musique, me faisaient un autre effet. Je ne relâchais rien. Pas même quand elle jouait. Se laisser aller, c'était tout l'inverse que de se délivrer. Avant que je m'applique à lui expliquer, elle était partie. Et ses îles ? Le contraire du voyage pour moi. Le coeur de la névrose, la forme de la névrose.
Tudo de mim a si próprio renunciará.
Mas quando ?

lundi 10 septembre 2007

Distanza



Certe volte
mi tengu
à distanza di mè
hè tandu ch'o mi sentu
in verità più vivu.


Ghjacumu Thiers, in In e dite, Albiana, 2007

jeudi 6 septembre 2007

L'aube durcit les monstres

On se souvient de cette collection de l'éditeur P. J. Oswald, "l'aube dissout les monstres". Et l'on retourne la proposition.
La nuit, protectrice. Le jour, il faut fuir de nouveau. Le réfugié, l'exilé, le sans papier. Le déprimé. La nuit, lisse un peu. Il n'y a que quelques points, là-bas, peut-être des cigarettes qui bientôt s'effaceront; et cet effacement nous rassure.