vendredi 28 décembre 2007

Le mot de chaos

l'écho de leur souffle quand le mot
gonfle et traverse les écrans

samedi 22 décembre 2007

Périphérie des sens


Le cauchemar de Mossoul

Elle était passée si vite devant la hutte de Jonas. Croyant saisir l'arme, elle s'avança sereine vers Ninive.
Arjuna, lui, hésitait encore : n'était-ce pas ces frères qu'il allait occire ? Alors, quand une tornade de feu déchira le rempart de la ville, il sut que son devoir avait changé de sens ?

mercredi 19 décembre 2007

Le vent ne se répète jamais

11. Le matin du vent, les voix éteignent l’alerte

12. Quand la nuit se retire, le vent n’y est pour rien mais assume tout

13. Quand le vent transforme les pierres en oiseaux, midi approche

14. Le vent ne peine même dans le râle

15. Le vent toujours sait écouter

16. Le vent ne connaît l’usure mais son âge de bronze commence aujourd’hui

17. Grâce au vent les feuilles les plus menues sont les dômes d’univers entiers

18. Quand le vent prépare la ronde, c’est que la ronde a déjà commencé

19. Ce qui est intact dans le vent est la trace même

20. La maturité du vent est venue et viendra

21. De place en place le vent est ce qui nous revient

22. Le vent n’est pas la connaissance, pourtant la connaissance ne peut s’en passer

23. Le vent est d’essence minérale

24. Le vent traduit la colère la fortifie lui donne un lieu

25. Le vent s’embrase de contours : la peur est alors justifiée

26. Le vent est forêt d'horizons

27. Les murs n’arrêtent pas le vent mais en lissent l'étoffe

Timequake 2


Todennäköisesti

Ces mots longs, étranges. Apprendre, c'est passer de leur côté : ces voyelles qui vous domestiquent. Comme ravi deux fois par l'étonnement et la reconnaissance. Kyllä.

dimanche 16 décembre 2007

O.G, Torino


Rue Parmentier

Pour Dino Belhocine


Texture de ce qui implose puis
comme pour recoudre l'espace
déploie ces deux battants. J'apprends,
ne saurai jamais. J'apprends, ne comprendrai
pas mieux.


Les 4 tours


Et il m'avait appris le nom du lieu : "Les 4 tours". Il allait rater son train mais avait ajouté : "c'est de l'une d'entre elles que que cette fille s'est précipitée". De qu'elle fille parlait-il ? Et de quelle tour avait-elle sauté ?
Il y avait eu cet hiver où ce coin de la ZUP s'était transformé en cité industrielle de Sibérie, oubliée des cartographes. Elle avait survécu à ça mais pas au reste.

kaksikymmentäkaksi norsut

Peu à peu le suomi astuu sisään kotissame.
Le matin s'étire. Combien fait-il à Helsinki ? 2°, ici. Je chantonne et I. me suit gaiement : "kaksikymmentäkaksi norsut".

Ghost window


mercredi 12 décembre 2007

Pour toute ambition


La portée du seuil
Et pour le dire autrement
Etre à portée du seuil ou faire du seuil une portée, celle où s’entend le chant subtile qui tisse si bien le domicile éphémère.
Le jeu, on le joue : en joue ou cheek to cheek
Relire « la place » d’Annie Ernaux et au bout de la course encore un seuil.
Celui qui se dit historien pris dans les soies du récit toujours plus grand qu’il croit naïvement augmenter.

mardi 11 décembre 2007

Le ferry

l'antiphonaire pour les bords de pierre
ces termes du lisible

tu
dis fuire

voici ton billet

le ferry pour Antwerpen

prends-le

l'antiphonaire pour les bords du lisible
ces termes de pierre

lundi 10 décembre 2007

dimanche 9 décembre 2007

Sataa vettä

En quête de pitance, bd. st Michel. A peine de le temps de manger avant le cours. Après le coup de fil, je comprends soudain pourquoi l'enfant avait mis du temps à décrocher. Lui et sa soeur lisaient sagement à l'étage.
Le scénario habituel se reproduit, hormis l'absence de Paulo, l'adepte de métal finlandais (il faut croire que nous sommes tous ici pour une raison personnelle). Plongé dans une semi-obscurité qui repose de la semaine, nous révisons avant que K. n'arrive, précédée de ce bruit de dégriongolade maîtrisée, presque joyeuse. Les marches qui résonnent me rappellent que la tarte au poire chocolat du repas est restée dans la poche, m'empêchant d'atteindre le dictionnaire.

Le verre de lait

Je monte et il me dit où poser le verre de lait. Je ne comprends pas. "Das ist ein Astrolab". Mais c'est ici qu'il faut rester. Il entrera en transe. Sa démonstration. Je n'irai pas plus loin. Executerai les gestes mécaniques et Brecht incendierait la page, un peu plus. Le verre de lait : qui le boit ? et où : Padua ? Venedig ?
Je sors de la scène mais je ne comprends toujours pas l'allemand.
Dictionnaire en coulisse.
Le lait toujours plus froid.
"Experiencing a revolution". La radio, faut la baisser. Mais rien ne gêne les acteurs et Brecht en revient au studierzimmer des Galilei in Padua. Puis quand la nuit est enfer de clarté, je dis : le verre, il faut le boire pour Copernic et la révolution.

passe passe : bus


Le pont


Alain Cavalier filme Beatrix Beck comme l'ouvrière des mots, de l'écrire, qu'elle a toujours été. Ce stylo bille, qui forme le pont entre la décharge et le cimetière ("La décharge"), brille par sa transparence. L'encre descend tout doucement vers la pointe et le chemin qui se dessine, celui que papa Christian emprunta autrefois, se détache alors plein d'âmes à prendre : celle de l'illétré (dans "Moi ou autres"), celle de la misanthrope ("Plus loin mais où"). La main gauche accompagne, encourage, la marche obstinée ignorée du temps. C'est "l'institutrice", la "marraine". "J'aime pas écrire mais tout outil doit travailler" pourrait inscrire avec malice, la main droite.

lundi 3 décembre 2007

Oiseaux du lundi

Bien au-dessus des rues de la Tour fine et de l'Enfer, ils décrivent des lignes qui se croisent comme une innocence des formes.

Hanté par Niépce


dimanche 2 décembre 2007

Magenta, 6h12


La langue autre

Croyant échapper à la curiosité de leur fille, les parents de Lydia Flem (Lettres d'amour en héritage) changeaient de langue pour évoquer leurs petits secrets. Allemand, anglais, italien : Lydia finissait par les maîtriser et donc, les rattraper.
La langue autre comme ligne de fuite est aussi arme sociale.
Maître Pathelin a lu Bourdieu et peut ainsi humilier deux fois Guillaume, le naif drapier. Passant de l'occitan au flamand puis au latin, il ne fait pas que simuler une possession soft, mais signifie que lui sait et que l'autre n'est qu'un vulgaire pequenaud.

samedi 1 décembre 2007

Main(s) II


Pencher est cet invariant

à l'épreuve de ton égarrement
la place : qui
ne la cherche
qu'à moitié -
voilà, le train
part
et cette chose tombe comme
tu éprouves ce qu'alors
elle veut
vraiment dire

vendredi 30 novembre 2007

Marraskuussa

Quand je sors de l'Institut, toujours cette file de sages passionnés qui attendent le prochain Clouzot.
Je suçotte le petit suklaa offert par Joe et bifurque à Saint-Michel.
Marraskuu, c'est littéralement le mois de la mort. Le mot est ancien : mort qui revient avec la Toussaint appeler l'hiver si fort.

lundi 5 novembre 2007

Premières propositions

1.Le vent est l’orgueil et le
vent moque l’orgueil

2.Les cathédrales sont des ruines
mais le vent s’amplifie

3.Quand la lumière néglige le vent
le rire parcourt une distance plus grande

4.La lumière et l’ombre se
mêlent dans les veines du vent

5.Les heures sont plantées si fermement
que tous s’affolent jusqu’à ce que
le vent résolve le problème

6.Le vent ne connaît que le son
pourtant le vent est toujours silence

7.Quand le vent descend les grandes
ombres déposent leur secret

8.La peur est un réflexe et le
vent une île

9.Le vent questionne la fragilité
de l’intérieur

10.Le vent est comme des épaules immenses
et l’enfant dit : « c’est normal »

samedi 3 novembre 2007

vendredi 26 octobre 2007

mardi 23 octobre 2007

Nuit et jour du silence


Les bruits qui émanent de la nuit, que le jour cachait. "La nuit vient avec le chant" clame Mario Luizi.
Les entendre puis les voir.
Klavdij Sluban ne sort pas armé de la nuit. Seulement, avec tenacité, il y retourne et nous y entraîne. Nous le suivons comme des clandestins de luxe, sensibles à ces corps qui se tendent et se fondent dans la ténèbre, matière complice du regard du photographe. Drôles d'escarpements, comme en dedans, qu'une exigence formelle approfondie, de série en série, éloigne de tout exotisme. Il en ressort une étrange intimité qu'une lumière trop pressante aurait empêché. Pour preuve cette énergie se déployant avec souplesse, dans chacun des clichés, avant de nous retourner quelque brusque vérité. Une lecture trop conventionnelle raterait l'incandescence de ces moments n'y cherchant que les indices d'une histoire de l'art, de la photographie, du signe. A moins que l'on y puise de quoi rationnaliser l'émotion. Ainsi, ces chaussures, au centre d'une image, s'accumulent de manière inquitétante. Souliers démultipliés de Van Gogh préfigurant ceux du Canada (à Auschwitz), groupés comme les montagnes du Crime.

F de Fenster

1.
vision de ta robe
ces deux étés de percale
surjetés
cette petite projection privée par
la fenêtre
écran sans fin
la force de ta fatigue
austère et pleine de nos vies
qui dans le jour renonçaient à
l’amour

2.
comme on
s’applique à dire le mot
- aussi lisse qu’un mur -
comme il n’est plus le roi de la forêt
il peut tester le pouvoir de cette profération
sur les êtres qu’il rencontre
et voilà comment
à l’aide d’un mot nouveau
et débarrassé du pouvoir qui l’encombrait comme une
maladie mortelle
voilà comment
celui qui avait perdu son
nom
fit de toi
l'objet même de la rencontre
- ce futur lointain du poème

 Mãe África


RTP África - émission Escola da Rádio (30/06/07)
J'arrive trop tard pour entendre qui parle. Il s'agit d'un peintre, peut-être mozambicain. Je retiens une partie de son discours sur la "dignité de la femme" qu'il faut défendre à tout prix. Je retrouve là un des thèmes clés de la négritude, versant masculin; celle par exemple des poètes et artistes du Mozambique : José Craveirinha, Bernardo Honwana, Malangatanana.

L'aube fêlée

ne voulant voir que
la conjonction des
mouvements
l'aube fêlée
ils entrent dans la nuit carillon des bouches
en étant exclus aussitôt branches qui entrechoquent
ils ralentissent alors enjambent l'airain l'humiliant
les seuils les intervalles

"85 poemas realistas" de Manuel de Seabra

Le texte paraît le 20 mars 1974, un mois avant le 25 avril qui paraît pourtant si loin car Seabra s'est éloigné, jeune, du pays natal. En ce sens, le texte défend un réalisme de la distance et de la traversée. Celui de l'être nu qui avance dans l'hiver des villes. Exilé plus que flâneur cosmopolite, il ne se laisse jamais dominer par l'aigreur, la colère. Même quand les flics français le traitent comme un chien. Poèmes dans et hors la langue héritée, ce portugais passé au crible du français plus qu'à celui du catalan (pourtant si cher à l'auteur).
Difficile de savoir, au fond, si Seabra célèbre ou règle son compte au réalisme, en dehors de cette exigence de l'ici et maintenant, témoignant de la chair désirante et souffrante. En revanche, l'homme aux mille langues, comme d'autres ont mille ruses, a produit de sa marge prophétique (occitanie, catalogne) des voies précieuses vers la Russie, l'Inde (anthologie préparée avec sa femme sur les poètes indiens de Goa), la Chine, la scène lyrique beat...

(Helsingin rautatieasema) Gare d'Helsinki

On cherchait une image de la gare d'Helsinki à offrir à William Cliff. Alors que ce dernier se noyait sans répit dans l'immense existence, il y avait trouvé refuge.
Eliel Saarinen, l'architecte finlandais à qui l'on doit la gare, y aurait paraît-il exprimé un "romantisme national" typique de ces années d'avant l'indépendance. Un Sibelius de la pierre ? La gare comme porte sur l'Histoire. On prendrait, un jour, le temps de vérifier in situ.
Alors que mes doigts wikipédisent le clavier à la recherche du cliché de la gare, Sonny Ji balance mix et remix banghra (police on my back) et nous en promet même de meilleurs, samedi prochain.

lundi 22 octobre 2007

Was glauben Sie ?

NDR
Podcaster sur Radiokirche la dernière émission
Qui demande : « was glauben Sie ? »

Radio Moçambique
L’hymne au petit-déjeuner
Comme la cuisine est vide j’entends
presque résonner mon cœur
un coeur

Bayern 4
Emission de jazz
Paolo Paliaga joue un titre de Charlie Parker
Papa Dee Walhgren (P3 Rytm sur Sveriges Radio)
finit par du Banghra après avoir passé du coupé/décalé
du reggaeton
du raï
du dancehall...
ces paquets d'ondes ramassés hier dans la forêt
je te les offre je te les offre encore
toi qui n'en finit pas de mourir dans un poste de police
car
les salauds sont revenus au pouvoir (l'ont-ils quitté ?) et cognant toujours plus fort
et puis
et puis
la colère nous la laisserions un moment
ces paquets d'ondes que l'on serrerait
autour de ta tombe
ces paquets
que l'on bercerait
il y aurait le putain de groove qui sauverait
ce blues si long (combien de temps tenir avant de fuir ce pays de malheur ?)

Chorégraphie


samedi 20 octobre 2007

Chiomonte


"Spiritual"

Comme dans Spiritual de Coltrane, cette dignité qui lève son astre. Pourtant, l'horizon tournoie et s'enflammerait s'il n'y avait l'élégance même de cette démarche. L'homme était à terre. Il se lève devant nous. Désormais le sol n'est plus une compensation mais le socle fragile et souple de l'élection qui advient mais ne retient plus. Spiritual, ces notes en supplément de Baldwin (Go and Tell it on the Mountain); et ce que nous dit Coltrane à chaque fois que nous sommes en colère lourds parfois des colères de nos pères. Comment être encore soi dans la colère, avec la colère ?

2, rue Nejinskaïa

Pour Rivka

on s’arrêterait on cesserait de compter d’esquiver "Odessa" et il faudrait la suivre levant son verre trop vite
transcrivant la petite pluie de faits
tous se rapportant à la ville absente
jetant les notes rapides
non par rage mais par étonnement
… la mère de Menuhin était d’Odessa
…les premiers cours de violon d’Oïstrakh à
Odessa
…les coups de sonnettes de l’époque des purges
Richter et ses cauchemars à Odessa
…Richter oublie les chiffres
mais
se souvient d’une adresse
2, rue Nejinskaïa
appartement 15
Odessa

Auber


Cet argent

Cet argent, je te le prendrai. De toute façon.
Tu ne me vois pas encore. J'approche et je danse presque. Je pivote maintenant et mon visage est comme la lune pour le chien perdu.
Il y a une place tout près.
Cet argent, je te le prendrai. Tu fais mine de lire. En bon lecteur tu ne fais que refouler la peur ancienne face aux mots voraces.

écho


Les baskets de Roubaud

Il y avait eu cette rencontre rue Richelieu, à la BNF. Dominique Perrault n'avait pas encore dressé les tours projetant l'ombre de Mitterrand sur la Seine. Une rencontre près du fichier des incunables. Une rencontre ? Il faut être deux pour cela. Or, étrangement, puisque j'étais un de ses lecteurs, Roubaud ne me reconnut pas. Il portait des baskets si peu protocolaires (prêtées par Jacques Réda ?). Il avait aussi un t-shirt bleu enfoncé dans son pantalon remonté très haut. Nul ne veillait plus sur lui. C'était bien après le début du projet Mississippi Haibun (La bibliothèque de Warburg). Ces baskets l'attestaient : il fallait l'ordre et la déraison d'un dispositif pour encore venir ici. Pas même se méfier du lecteur mais échapper à cette "mort qui progresse encore" (Quelque chose noir), avant même qu'elle ne vienne. Et ce qui me touchait déjà, voyant Roubaud tenir ce carnet à l'ancienne et remonter les marches vers la salle de lecture, c'était la clarté de ses échecs presque aussi beaux que ses vers. Il fallait marcher comme lui et autant que lui pour en rire ainsi.

Une alliance ?

Cette "alliance" (L'Alliance de la poésie et de la musique, Galilée) si raisonnable que nous propose Bonnefoy entre poésie et musique, prises comme lieux séparés, balisés. Passant d'un salon l'autre, s'essuyant les pieds au paillasson de la raison.
Oubliant peut-être ces forces, celle du "tonnerre profond" (Aux arbres) dont il nous communiquait, autrefois, la violence à venir, mais que Jean-Pierre Faye (Eclat Rançon, La Différence), endosse disant le chant qui brûle et déchire.
C'est moins l'alliance que la brume vivifiante des terres mèlées que cherche tout poète foulant la douceur appolinienne. C'est moins le parcours aisé dans le site apaisé, que la course folle du chaman. C'est cela la musique du poème.

Les notes s'échappent (probablement)


Filles du Rhin


jeudi 18 octobre 2007

Flers dans l'Orne


Nous n'étions pas encore prêts mais
déjà sous nos pieds
sourdait l'appel. Ces plaques
n'entravaient que des parcelles
incultes qu'il nous faudrait
connaître

Quentin Lavari

Tu me disais
Que la neige allait fondre et que
Je disparaîtrai que je t’abandonnerai
Comme Quentin Lavari et je
Ne suis pas parti le jardin le
Nôtre est toujours là – je te vois
Accroupie
T’en occuper m’oubliant et moi
M’oubliant t’oubliant n’attendant pas que
La neige fonde mais que la neige vienne
Et qu’enfin je puisse y laisser des traces y
Puiser une destinée
Mais il faut parler et t’expliquer
Et je suis comme Quentin Lavari
Ne parlant que dans le sommeil

mercredi 17 octobre 2007

Ces mots

Tout à côté, une chercheuse consulte un manuscrit énorme. Un manuscrit médiéval peut-être avec ces partitions enluminées qui me faisaient rêver, enfant. Je reste pensif, un peu ébloui. Pour le coup, mes documents paraissent bien banals : ils ne s'agit que de rapports administratifs écrits à la machine, avec tampons, vagues signatures, en-têtes officiels. Parfois tout de même, des ajouts griffonnés : des précisions, des commentaires signés. C'est tout. Ou presque. Il y a quand même le fait que derrière chacun de ces textes gris, de ces mots pâles gisent ces choses effroyables relatives à la PIDE, la Gestapo de l’époque de Salazar ; la guerre coloniale au Mozambique ; les prisons infâmes…

Le moment de la décision


samedi 13 octobre 2007

mercredi 10 octobre 2007

Colonne Morris, ZUP


Survivante du GPU (Grand Projet Urbain), portant ces affiches en colère, ignorant le décor triste, parfois sinistre. De plus en plus seule, peut-être. Aspérité rebelle depuis que la superette avait été détruite.
Au début des années 90, la propagande des tigres tamouls s'y exhibait sans complexe. Aujourd'hui, c'est un espace que se disputent l'Extrême-gauche (LO, LCR) et les fondamentalistes (PMF).

mardi 9 octobre 2007

Vyborg, tu dis

Ta mère, donc, y était née. Vyborg, Viipuri. Finlande, Suède, URSS, Russie...
Quand en était-elle partie ?
Avait-elle connu la fameuse bibliothèque construite par Alvar Aalto ?
Montait-elle, enfant, en haut de la tour saint-Olaf ?
La ville était toujours là.
Toi tu n'y avais sans doute jamais mis les pieds. Irais-tu un jour ? Te connaissant un peu, si peu, j'en doute. Il n'y avait peut-être que ce nom. L'étrange familiarité de ce nom.

Brassaï tire la langue


samedi 6 octobre 2007

Rue du Troupeau



Pour le poète Dino Belhocine qui a longtemps (toujours ?) cheminé à travers le labyrinthe des Champioux.

mardi 2 octobre 2007

samedi 29 septembre 2007

Les cheveux

Perpétuelle interrogation. Qu’est-ce que leur vie ? Question vaine. Question qui repose sur un abîme : comment l’autre est possible ? Le voilà enfant qui danse autour de cette interrogation.
La seule réponse qu'il ne se lassait d'affronter portait sur sa calvitie. On l’avait toujours connu chauve. Un peu comme si avoir des cheveux aurait représenté une trahison de son être profond. Il les avait pourant si subitement perdu, ses cheveux. En moins d’un mois. Son père venait de mourir et, petit dernier, il était resté avec sa mère, endurant, plus qu’à l’accoutumée non la tristesse mais la furie de ce petit monstre égoïste.
Elle n'avait rien remarqué.
Elle sortait souvent. Fréquentait, bientôt, d'autres hommes. Vulgaires et secrets. Inquiétants, menaçants.
Il avait fui à Paris.
Elle ne s'inquiétait pas. C'était la guerre mais elle, oubliait qu'elle avait un fils.
S'engager ? Déserter ?

vendredi 28 septembre 2007

jeudi 27 septembre 2007

"Agonies urbaines" ?

A propos du très beau livre : Petites agonies urbaines, éditions Le Bec en l'air.
Michel Denancé signe les photos de l'ouvrage accompagné des textes de 6 auteurs dont Jacques Jouet et Jeanne Benameur.
Dans la préface, le photographe (architecte de formation) explique que c'est un peu par hasard qu'il s'est intéressé à ces maisons et immeubles murés, attendant sereinement leur effacement du paysage urbain. Est-ce bien un hasard ? Plus peut-être que pour le chantier, matière à images, la maison abandonnée débouche sur un imaginaire puissant que le passant curieux cherche à sonder. Plus qu'au monde du fait-divers, c'est à l'univers du roman et du conte que se raccroche cette passionnante enquête visuelle et narrative.

mercredi 26 septembre 2007

Marcher vers, marcher autour

La question de la direction plus que celle de l'objectif. Etre sensible à la forme que prennent les traversées de Wolfgang Büscher.
Ecrire, c'est aller vers l'Est (Berlin-Moscou), avec ses jambes, son carnet, l'oeil alerte du reporter. Ecrire vers l'Est avec ce corps. Ce corps seul, comme démenti de l'Histoire qui traverse et ravage. Ou plutôt : marcher comme traversée moins de l'espace (wald! wald!) que du temps.
Ecrire, c'est faire le tour (l'Allemagne, un voyage). La frontière comme fil d'où le funambule peut tomber (dans le Rhin glacé ? dans le lit d'une chambre aux souvenirs déprimants ?). Mais habile, l'athlète au doux lyrisme, à force de marcher, d'écrire, dégage bien une forme, dont on ne sait si elle dément ou confirme le pessimisme global qui ancre déjà ce siècle.

mardi 25 septembre 2007

France Musique - "A portée de mots"

Merveilleux moment à écouter Martine Cadieu parler de Luigi Nono. De cette traversée mystique de la Forêt Noire, qui lui inspirera Camiantes, no hay camino. Ce qui compte désormais, pour Nono, c'est de cheminer. Et nous suivons encore Cadieu évoquer le dialogue de Falla et de Lorca. Au plus près de cette parenté entre poésie et musique.

dimanche 23 septembre 2007

vendredi 21 septembre 2007

La page

« la liaison entre vêtement et secret s’impose »
in P. Boutang, Ontologie du secret, p. 50.


Dehors un orage se prépare
L’orage a lieu.

Le journal est ouvert sur la table 9.
Sur la page de gauche, trois brèves politiques et un article de fond sur la réélection d’un élu, condamné dans le passé.
Sur la page de droite, un fait-divers.

Donat attend Antonio qui
ne viendra pas qui ne se lèvera plus
qui laissera ses vêtements sales des avants-veilles
mettre encore plus d'ombre dans la pièce.
Donat le sait et tourne la page
à la table 9.

Au comptoir, le barman essuie des verres,
qu’il s’amuse à grouper par trois.
Il se demande bien comment Donat
peut bien faire quand il pratique.


Donat est exorciste.
il extirpe les maux et les morts
de ces corps qui se penchent et se
relèvent brusquement.

Antonio ne viendra donc pas
et il sera temps de quitter l'enroit.

On se sent plus généreux
après l'orage.

lundi 17 septembre 2007

dimanche 16 septembre 2007

vendredi 14 septembre 2007

Amarte

à Armand Robin
RTP1 (Portugal)
Chanson espagnole
Qui finit ainsi
« no tengo remedio mas
que amarte »
*
Paquet d’ondes par brassées
On s’économise à force d’ignorer
Le monde
On économise le monde
A force de s’ignorer – un signal
Devant le feu qui clignote jusque dans les
Branches noires
*
RTÉ-Lyric (Irlande)
Le Manon de Massenet que
J’entends pour la première fois de ma
vie

jeudi 13 septembre 2007

mercredi 12 septembre 2007

Guitarra

"Na voz de oiro e de sombra da guitarra
Algo de mim a si próprio renuncia"
Sophia Mello Breyner Andresen, in Ilhas
*
C'était comme d'avancer seul. S. n'était plus là, dans le grand appartement vide d'enfants et de désir, voyageant et relisant Byron.
La guitare, le piano la musique, me faisaient un autre effet. Je ne relâchais rien. Pas même quand elle jouait. Se laisser aller, c'était tout l'inverse que de se délivrer. Avant que je m'applique à lui expliquer, elle était partie. Et ses îles ? Le contraire du voyage pour moi. Le coeur de la névrose, la forme de la névrose.
Tudo de mim a si próprio renunciará.
Mas quando ?

A coté du texte « ébauche identités »

tes baisers sont bons mais mais
je dois travailler cette nuit
hier déjà ou il y a dix ans
je te disais : "puisque nous serons seuls
l'un mourra
et l'autre
verra passer la mort"

je te vois monter et je crois
que tu oublies de m'en
vouloir

mardi 11 septembre 2007

Loin de Sadr City


j'étais loin de Sadr City mais cette photo publiée sur le site de Público
je la connaissais

breughélienne
elle nous suivait nous précédait
nous aveuglait
ses impacts et stigmates d'entrées/sorties
irisait de peur et d'oubli la
plus petite légende qui
s'esquissait malgré la brume

lundi 10 septembre 2007

Danilo Dolci I

L. me prête ce livre (Segreti di Stato chez Fandango) où le cinéaste Paolo Benvenuti explique l’importance de Danilo Dolci (1924-1997) à l’origine de son projet de film sur le massacre de Portella della Ginestra (des paysans siciliens proches du PCI tués par des maffieux liés aux milieux anti-communistes locaux). Je lis dans le Corriere della Sera du 11 août le compte rendu d’une exposition de photographies d’Enzo Sellerio à Syracuse. Il y est de nouveau question de Danilo Dolci, le sociologue et activiste qui avait attiré l’attention de Sellerio et des Italiens sur la situation dramatique des paysans siciliens et dénoncer les collusions entre la Mafia et le pouvoir. A suivre.

Distanza



Certe volte
mi tengu
à distanza di mè
hè tandu ch'o mi sentu
in verità più vivu.


Ghjacumu Thiers, in In e dite, Albiana, 2007

samedi 8 septembre 2007

Ora ti guardo

"Tu dormi nel mio letto
ora ti guardo", Patrizia Cavalli.

Pourtant l'être aimé est introuvable.
"La mort de Martin est un coeur vivant" se répète la narratrice du Lit de Dominique Rolin. Le cherche-t-elle dans les sombres plis de ce lieu où elle aimait le mordre pendant l'amour ? Désormais, c'est elle qui est mordue. Déjà le serpent s'éloigne et elle le laisse faire. Là-bas, cet autre lit déborde de souffrance. Ici, la présence de Martin est si ancrée dit-elle qu'elle en devient inutile. C'est de ce paradoxe obsédant qu'elle nourrit son regard scrutant une fois encore le lit.

"Vides urbains"

J'en ressors presque accablé, plein d'amertume. Si le "vide urbain" est plaie, la solution ici proposée a l'élégance de l'amputation. Le chirurgien au discours ampoulé est le boucher de la complainte : par ici les petits enfants. Je vous découpe et Saint-Nicolas vous raccomodera (peut-être). J'épouve donc le sentiment que les architectes sont loin d'être les thérapeutes attendus. N'écrivent-ils pas la ville avec le stylo du Capital; plaçant ça et là les bornes et portiques enchantés du panoptisme et du biométrisme ? Ne repeignent-ils pas nos cités grises des couleurs chatoyantes de la gentry globalisée ?
Dans un deuxième mouvement, je perçois mon erreur. Non pas dans la critique d'une certaine architecture, au service non de la liberté et de l'imagination mais vitrine respectabilisant le libéralisme le plus grossier (y compris dans ses variantes administratives). L'erreur tient au diagnostic, trop rapide du "vide" comme lieu de souffrance appelant "intervention". Le "vide urbain", espace-temps polysémique, est ruine et devenir, excès et nudité. Des mangroves s'y développent. Le désir et l'effroi y frayent sans pudeur et romantisme.
Jardins ouvriers déglingués de bricoles, écumes des taudis, envers des passerelles et ponts d'autoroutes des dégazages et dézinguages, favelas et ruelles végétales des déchets, dédales et ruisseaux des misères, autant d'interstices et hauts fonds résistant et, peut-être, érodant, la ville LCD.

Coupe-faim

Oui, la France a l'ovalie triste. De l'oeuf cassé ne sort que des bons-petits-hommes humilés au bord du "gouffre", avance même l'Equipe. Et Michalak, qui cette semaine encore me tendait, depuis la belle affiche qui borde la nationale que j'emprunte pour aller travailler, son burger magique a-t-il encore cette faim de réussite impulsée par notre pas-encore-déjà nouveau Secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux Sports ? Dure réalité, les Pumas qui ont passé Laporte des vestiaires et d'emblée fait vibrer le bel azur argentin, n'étaient pas des herbivores. L'avions-nous oublié ?
*
Et ce soir au Calcio ? Ce soir, forse la ratatouille supplémentaire ?

vendredi 7 septembre 2007

jeudi 6 septembre 2007

Paul Oster




mort le 21 janvier 1895 à 1 an

L'aube durcit les monstres

On se souvient de cette collection de l'éditeur P. J. Oswald, "l'aube dissout les monstres". Et l'on retourne la proposition.
La nuit, protectrice. Le jour, il faut fuir de nouveau. Le réfugié, l'exilé, le sans papier. Le déprimé. La nuit, lisse un peu. Il n'y a que quelques points, là-bas, peut-être des cigarettes qui bientôt s'effaceront; et cet effacement nous rassure.

Tu peux attendre avec moi

(d’après la nouvelle d’Arnold Zweig, der Kaffee)

partout où je passais
poussaient ces fleurs de café

et je m’enivrais tant !

Le livre manquant

L'éblouissement d'une première lecture, j'en lisais encore les traces parcourant la bibliothèque, sous les combles. Mais le livre, "Berlin chantiers" de Régine Robin, faisait défaut. Croyant le retrouver ailleurs, je me souvins bientôt de G., de passage à Paris, travaillant alors sur histoire/mémoire à qui, sans d'abord le vouloir (je ne faisais que lui montrer mon exemplaire), je l'avais offert. L'a-t-il lu ? A-t-il même regardé autrement sa ville (Antananarivo), par strates et interstices ?
Le livre me manquait et je ne le retrouvais plus. Pas même dans les grandes librairies parisiennes.

Confessionnaux

"closed like confesionals"
P. Larkin, Ambulances

Voilà ce qu'il crut entendre : moyens de transport, peut-être même du transport, de l'extase plus que chemin de l'expiation, du soulagement. Jouir du dire plus que dire le jouir. Que deviennent les confessionnaux ? Et ont-ils vraiment été remplacés après deux siècles de sécularisation et de raz de marée psy et anti-psy ? A l'église de Notre-Dame des Champs, des bassines s'accumulaient à la place du prêtre. Saint-Louis d'Antin : bureaux plus que confessionnaux, devant lesquels attendent ceux qui veulent parler, même tout bas. Sur l'une des portes, une étiquette précise que le "prêtre délégué" est "de passage". La porte est ouverte. Il fait sombre. Il faut tenter sa chance.

Et de là, Emmanuel


Waiting for Bove


mardi 4 septembre 2007